Syrie m’était contée

Comprendre le conflit syrien au travers du journanisme français est une gageure ! L’analyse faite est une somme d’approximations et de simplifications laborieuses semant un trouble malheureusement erroné. Pourtant, malgré un grand nombre d’acteurs, la situation n’est pas si complexe quand on s’y intéresse réellement

Je prends donc ici le temps de présenter simplement ce conflit en corrigeant les inepties véhiculées. Les deux points essentiels sont les acteurs majeurs et les racines du conflit.
Nous verrons que les deux grands acteurs ne sont pas la Russie et les Etats Unis, et que ce rôle incombe à l’Iran et l’Arabie Saoudite. De même nous verrons que si les printemps arabes sont bien l’étincelle mettant le feu aux poudres de la protestation, ils ne sont pas les racines de ce conflit qu’il faut aller chercher dans le bouleversement irakien.

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Syrie

Un peu d’histoire religieuse…

L’Islam est une religion monothéiste, ses adeptes sont les musulmans, ils considèrent Mahomet comme le dernier prophète de Dieu. Depuis sa mort, le calife réunissant le pouvoir spirituel et temporel, est garant de l’unité de l’Islam, et tout musulman lui doit obéissance. Son autorité s’exerce sur le califat.

Les deux courants majoritaires de l’Islam sont le sunnisme (~85% des musulmans) et le chiisme. Leur vision du califat est un point de rupture.
Les chiites considèrent que le calife doit être un successeur filial de Mahomet. Ali le quatrième calife était gendre de Mahomet, il donc considéré comme le premier imam (ayatollah chez les chiites), guide spirituel, ascendant de tous les imams.
les sunnites conçoivent le calife comme élu pour ses qualités morales et spirituelles. Après la mort d’Ali, le siège du califat fut à Damas, puis Bagdad pour en 1516 s’installer durablement à Constantinople (actuelle Istambul) dans une autorité dite califat ottoman jusqu’à l’abolition du califat par Mustafa Kemal Atatürk en 1924.

La famille Al Saoud est historiquement liée au wahhabisme courant sunnite qui prône la rigueur, d’aucuns disent fermé à la modernité.
De 1902 à 1932, ils reconquièrent une partie de la péninsule arabique pour finir par créer le troisième royaume d’Arabie Saoudite. A noter qu’ils reprennent La Mecque lieu de naissance du prophète de l’islam Mahomet en 1924.

Cette année 1924 voit l’épicentre du sunnisme se déplacer de l’Empire Ottoman en Arabie Saoudite.

Un peu d’histoire politique…

Suite à l’engagement de l’Empire Ottoman aux côtés de l’Allemagne au cours de la première guerre mondiale, un premier traité dit de Sèvres proposait en 1920 un partage de l’Empire entre les alliés, les arméniens et les Kurdes. Non ratifié, il est remplacé par le traité de Lausanne (1923) plus avantageux pour la Turquie, reconnaissant pour simplifier les mandats français et britannique en Syrie, Liban, Palestine, Jordanie, Irak et Arabie, et supprimant l’idée d’un Kurdistan et d’une Arménie indépendants.

Le départ de feu

Les protestations populaires dit printemps arabes commencent symboliquement le 17 Décembre 2010 à Sidi Bouzid en Tunisie. Ils entrainent des contestations en Syrie dès le 26 janvier 2011 au cours de laquelle Hasan Ali Akleh s’immole. Suivra le 4 février le « jour de rage ». Et le 15 mars 2011, craignant pour son autorité le président Bachar el-Assad adopte la fermeté et ordonne à l’armée la répression.

De mars à juillet de l’année 2011, une vague de défection de ministres, ambassadeurs, hauts fonctionnaires et militaires provoquent la déliquescence de l’état syrien. Cet affaiblissement de Bachar el-Assad le pousse à se retrancher dans la fermeté.
Les défections de l’armée régulière pour grossir les rangs de l’Armée syrienne libre caractérisée par son objectif démocratique, cristallisant les élans nationalistes.

A l’automne 2011, le conflit syrien se résume à l’affrontement du pouvoir dictatorial en place et d’une armée nationaliste aux visées démocratiques. Voyons plus avant comment la situation s’est envenimée.

Le soutien iranien

Précisons que Bachar el-Assad est de confession alaouite, une branche du chiisme. Son pouvoir vacille, il est donc un devoir pour la République islamique d’Iran dont la religion officielle est le chiisme de lui apporter son soutien. D’une part un soutien indirect par l’entremise du Hezbollah, le mouvement chiite libanais, financé et armé par Téhéran, et qui en son temps (entendre guerre du Liban de 1975 à 1990) fut appuyé par Damas. Et d’autre part, l’Iran apporte son aide direct, non seulement son soutien financier mais plus concrètement lui apporte ses forces spéciales Al Qods.

En appui financier, militaire, et en armement de Bachar el-Assad, l’Iran est le premier des deux grands acteurs du conflit.

Les conséquences de la guerre en Irak

L’opération militaire américaine dite de libération de l’Irak menée en 2003 a entrainé le chute du régime sunnite de Saddam Hussein. L’Irak étant majoritairement constituée de chiites, il était naturel que la démocratisation reflète cette couleur politico-religieuse. L’effet mécanique dans une région violente, a été de motiver les sunnites à prendre le maquis.

L’opération de pacification américaine est peu empreinte de réussite. Les groupes terroristes de toutes tendances sont encore malheureusement bien actif dans ce pays.
En décembre 2011, l’armée américaine s’est totalement retirée de l’Irak, laissant les coudées franches pour ces groupes armés, peu maitrisés par le pouvoir en place. Dès lors, est offert à ces groupes une base arrière pour des incursions dans une Syrie en effervescence et à l’armée divisée donc affaiblie depuis l’automne de la même année.
Offrant son flanc, la Syrie meurtrie attirent donc des groupes djihadistes tels que L’État islamique en Irak et au Levant , qui verra sa franchise Al Qaida (d’inspiration sunnite fondamentaliste) transféré à un autre mouvement appelé Al-Nosra, en novembre 2013.

L’autre conséquence de ce bouleversement irakien est que le chiisme est maintenant aux portes de l’Arabie Saoudite, et surtout que sur l’échiquier politico-religieux le chiisme gagne un pays sur le sunnisme !

Le jeu de l’Arabie Saoudite

L’un perse, l’autre arabe, l’Iran et l’Arabie Saoudite, en berceau respectivement du chiisme et du sunnisme, se disputent l’influence religieuse de la région. De plus leur économie basée sur le pétrole est en concurrence. En somme, ces pays sont en rivalité depuis la révolution islamique de 1979.

La Syrie n’est séparé de l’Arabie Saoudite que par une bande jordanienne de 100 Km, elle est donc dans le pré-carré du royaume. Et c’est principalement en réaction au facteur iranien sur le conflit que l’immobile Arabie Saoudite s’immisce dans le conflit. L’enjeu est d’importance puisqu’il consiste à éviter que son proche voisin bascule dans un chiisme radical et pourquoi pas bousculer les alaouites au bénéfice d’un pouvoir sunnite.

On parle de financement obscurs des djihadistes d’Al-Nosra de la main de Bandar ben Sultan directeur des services secrets du royaume, mais si ce n’est pas écarté, rien n’est avéré. Par contre, il a pu être observé que Riyad finance des livraisons d’armes aux rebelles par la Jordanie.

Pendant sunnite de l’Iran chiite, le second acteur majeur du conflit est l’Arabie Saoudite.

Et la Russie !?

On pourrait penser que les facilités portuaires concédées à l’armée rouge imposent au Kremlin de s’investir. Il n’en est rien. En poids lourd de la région, il arrivera à reconduire ces accords quelque soit l’issue du conflit. Et il est triste à dire que la Russie n’a aucun intérêt à ce que le conflit ne prenne fin.

L’ignoble constat est simple. L’impact du conflit syrien sur la Russie passe par son interaction avec sa région la plus proche, le Caucase. Cette région russe est plus ou moins gangrénée par le terrorisme djihadiste. Et si Poutine met bon ordre en Tchétchénie et veut, je cite, « buter les terroristes jusque dans les chiottes », il n’a pas encore hissée sa bannière « mission accomplished ».
Dans le chaos syrien, le combat des djihadistes caucasiens peut plus facilement s’exprimer que sous le joug d’une des meilleures agences sécuritaires. Vue de Moscou, le conflit syrien est le siphon qui draine les terroristes.

Le pragmatisme russe se devait de parfaire cette vidange en offrant plus de temps à Bachar el-Assad, ce qui explique la proposition sur la destruction des armes chimiques. Aucun état d’âme quant aux populations ou à l’égard du président en place, le but était simplement de s’assurer la longévité de cet aimant à terroristes caucasiens.

Et les Etats unis d’Amérique !?

Le facteur important est que depuis l’administration Obama, les Etats Unis se tournent vers le Pacifique délaissant le proche et moyen-orient. Ce qui explique le peu d’engouement à intervenir, et l’embarras du président avec cette histoire de ligne rouge franchie.
Depuis la temporisation offerte par Moscou, Washington ne bouge plus une oreille de peur d’avoir à aligner quelques troupes pour le peu fatiguées par plus de 10 ans de guerre.

Ce désintéressement pour le proche-orient conjugué à leur passage irakien peu concluant quant à la stabilité de la région, provoque une perte de confiance de la part de leurs deux partenaires majeur : l’Arabie Saoudite et Israël.
La première conséquence, on l’a vu plus haut est la sortie de l’immobilisme de l’Arabie Saoudite.
La seconde est qu’Israël comme souvent face à une situation sans interaction avec lui, mais surtout sans soutien avéré, reste coi et se pose en observateur.

Synthèse

Pour résumer, le conflit Syrien implique les forces gouvernementales de Bachar el-Assad, les nationalistes et les islamistes souhaitant instaurer une démocratie respectivement laïque et religieuse, et les djihadistes souhaitant un régime islamique.
Les deux grands Russie et Etats Unis ont une attitude attentiste. Et les deux parrains du conflit sont l’Arabie Saoudite défendant son pré-carré et son sunnisme entamé par le chaos irakien, et l’Iran poussant ouvertement son chiisme, par l’intermédiaire du Hezbollah et de ses forces spéciales Al Qods.

A cheval sur un Irak en feu et une Syrie à sang, une seule nation offrant une organisation et une sécurité tire son épingle de ce jeu commencé une centaine d’année en arrière à Sèvres : les Kurdes !

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