Ce galet

Ce galet est un peu moi.
Transporté par les hasards des flots, transporté par les hasards de la vie. Passés les tumultes, nous nous déposons là. Oui, là c’est très bien.
Il cherche sa place dans la mer, je cherche ma place dans le cosmos. Une différence fine comme une ligne d’horizon.
La fortune l’a installé dans ma main. Comme je m’observe dans le miroir, je l’observe.

Le galet, c’est un peu le caillou de la mer, un morceau de la Terre dans les eaux.
Pour ma part, ma mère vient de la mer, et mon père vient de la terre. Encore une similitude entre ce galet et moi.

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Symboliquement la terre et la mer représentent les deux piliers de ma construction.
La terre est le solide, la rectitude -des sillons-, le cadre -des prés-, l’attente -de la culture et des saisons-, le concret. [1]
La mer est le fluide, les courbes -des bateaux-, un espace de liberté, le mouvement -des vagues-, les rêves, l’imagination. [2]

Je n’y vois pas une ambivalence, mais une complémentarité. Il est vrai que je suis un esprit cartésien et émotionnel, droit et créatif, exigeant et décontracté.

Ce galet oblong est sans angle, sans aspérité, lisse. D’aucun dirait insaississable. Un peu comme moi. Mes amis les plus proches le reconnaissent : Nous ne connaissons rien de toi, de ce que tu penses, de ce que tu ressens. Dis donc, il faut savoir te lire !

Si on voulait mieux le saisir ce galet, on pourrait songer à le tailler. Pas facile de tailler ce galet bombé comme une carapace de tortue, le ciseau doit riper, ça doit partir dans tous les sens sans résultat probant. C’est qu’elle a un fort caractère cette testudine de galet ! A rentrer la tête dans ma carapace, c’est tout moi ça !

De toutes façons, on n’a jamais fait de murs et encore moins de maisons en galets. On pourrait dire assembler. Non, les galets sont plutôt de nature solitaire. Et ce galet ne déroge pas à la règle tout perdu qu’il est dans cet atelier désaffecté. Et moi donc ! Solitaire tout perdu que je suis dans cet atelier désaffecté. A se demander qui est le plus solitaire ou le plus perdu de nous deux.

Car ce galet, j’aurais pu le trouver en me baladant sur la plage, avec mon fils, mais je l’ai trouvé en rangeant l’atelier de feu mon père : Mais qu’est-ce que ça fait là ça !?
Pourquoi Papa gardait ce galet ? Qu’est-ce que j’attends exactement de l’examen de ce galet ? Qu’est-ce que mon fils tenterait avec ce galet ?

Cette affaire générationnelle je la perçois dans ce galet par ses couleurs de sédimentation : du bleu, du rose, et un peu de blanc. Ce curieux mélange hétérogène m’amène à cette pensée qui me trotte dans la tête depuis que je suis sorti de la maternité un berceau à la main : je suis le fils de mon père et je suis le père de mon fils.

Tout comme ce galet s’est constitué par agglomération au fil du temps, je me constitue sur le temps, passant de fils à père tout en restant fils, puis à fils sans père.

Les voilà mes sédimentations ! les couleurs que le temps m’a appliquées. Sauf qu’elles ne sont pas roses. Les idées ne sont pas noires, mais ça résonne le terne. Un peu de lumière serait appréciable.

Et ce galet dans l’obscurité de ma poche ? N’aurait-il pas besoin lui aussi d’y voir plus clair ? Ne lui faudrait-il pas lui rendre un phare dans sa nuit ?

Il va falloir se rapprocher de la mer. De la mère.

[1] Oui, déjà dit dans l’épisode « Je t’aime Papa »
[2] Je t’aime Maman

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