En quoi le revenu universel nous interroge-t-il sur notre relation au travail ?

D’emblée, je me permets de préciser que je fais la distinction entre le travail et l’emploi, entre le revenu, la rétribution et le salaire. Et j’ouvrirai des petites parenthèses pour des mises en relief.

Cet article s’articulera en 3 parties pour aborder la notion de travail, emploi, rétribution puis celle de revenu, en particulier universel, pour enfin s’intéresser à la question qui nous est posée. Ce sommaire de prétentieux compense la précipitation de la rédaction entre énumération et style télégraphique.

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Quels principes devrait adopter une taxe sur les robots pour assurer son équité ?

Enfant, je lisais tous ces magazines projetant l’an 2000 comme un monde de robots et d’automatisation. Un monde où l’on claque des mains pour allumer la lumière. Un monde où l’on interpelle un ordinateur pour qu’il nous annonce la météo ou la dernière découverte. Un monde où la vision-conférence est utilisée par les familles éloignées. Un monde où on lit sa correspondance sur sa montre. Un monde où les voitures n’ont plus de conducteur et volent entre les gratte-ciels.
Aujourd’hui, si le vol domestique n’est que balbutiant [1], tout le reste est déjà notre actualité. Et même si cela fait presque 40 ans que l’on projette ce monde-là, beaucoup semblent surpris qu’il en soit de nos jours ainsi.

Et certains politiques de brandir l’invasion des robots tueurs d’emplois. De constater que notre fiscalité est démunie lorsqu’un travail salarié est remplacé par un robot. Certains dont Bill Gates, lancent l’idée d’une taxe sur les robots. L’idée de remplir les caisses voire de palier le manque d’emplois par une telle taxe pourrait paraître comme une bonne adaptation.
Néanmoins on pourrait craindre qu’elle accélère la délocalisation des dernières chaînes de montage, que nos serveurs informatiques soient un peu plus dans le cloud, et beaucoup moins en France, voire qu’elle provoque le déménagement des secteurs innovants et des nouvelles technologies, vers des fiscalités plus clémentes.

Pour éviter une telle fuite, un des facteurs est l’équité. Si une taxe ou un impôt semble juste et équitable, il est toléré, accepté voire réclamé (« il ne faut pas exagérer » me dit-on dans l’oreillette droite). C’est pourquoi je me pose la question : Quels principes devrait adopter une taxe sur les robots pour assurer son équité ?

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Logiciel libre modèle du nouveau travail

C’est à l’INA que j’ai compris ce qu’était vraiment le travail, et comme ce qui reste à venir, et dans un nouveau monde industriel à venir. J’y ai collaboré avec des ingénieurs et développeurs qui travaillaient en logiciel libre, et j’ai découvert là une conception du travail tout à fait différente de ce qu’on enseignait dans les écoles, et à mes yeux proprement révolutionnaire – c’est-à-dire faisant apparaître comme caduque et donc révolue la conception dominante. Je n’ai pas été convaincu immédiatement : il m’a fallu quelques mois et quelques voyages, notamment à Berlin, pour forger ma conviction que le logiciel libre correspondait à un modèle économique non seulement viable, non seulement durable, mais extraordinairement gratifiant pour ceux qui le pratiquaient et qui, bien qu’il s’agisse d’un travail industriel, et parce qu’il est fondé par le développement et le partage des responsabilités et des capacités, ne conduisait pas à la prolétarisation, mais tout au contraire, installait la déprolétarisation au coeur d’une nouvelle logique économique fondée sur la valorisation et le partage des savoirs.

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L’emploi est mort, vive le travail ! Bernard Steigler, entretien avec Ariel Kyrou. Mille et une nuits

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Etonnante laïcité

La laïcité n’est pas une doctrine, encore moins une théorie à la façon du marxisme ou du darwinisme. Elle n’est pas une philosophie comme le rationalisme ou le positivisme. Elle n’a pas pour vocation de mobiliser les foules ou d’interpréter le monde, afin de le rendre meilleur. Elle n’est pas à proprement parler une sagesse, même si sa pratique façonne une société plus juste, plus apaisée et des individus plus tolérants. (…)

La laïcité n’est pas synonyme d’anticléricalisme, même si les circonstances où elle est née ont pu prêter à cette confusion. Elle ne forme pas un couple avec la religion, dont elle n’est ni l’envers, ni le contraire, ni un substitut, ni l’alternative. Elle ne se situe pas sur le même plan. Elle est d’une autre nature, même si elle a à voir avec les cultes, les croyances, l’agnosticisme et l’athéisme, dont elle assure la libre expression. Elle n’est évidemment pas un frein ou un obstacle à la liberté religieuse, puisqu’elle garantit à tout citoyen la liberté de conscience, qui en est la forme la plus achevée.
(…)
Elle est essentiellement un principe juridique et politique d’organisation des institutions, le premier et le seul qui permette à chaque citoyen le plein exercice de sa liberté de conscience. Bifurcation majeure dans l’histoire de l’humanité. (…)

Mais la laïcité est plus encore. Elle est une attitude d’esprit et une règle de comportement en société. Elle est une façon d’aborder la connaissance, la science, l’instruction des enfants, sans préjugé ni dogme, avec l’esprit critique comme seul guide. Héritière de la Réforme, de Descartes, des Lumières et du positivisme, elle est fille de la IIIe République, d’Anatole France et d’Alain. En outre, elle entretient un rapport singulier avec la morale qu’elle veut circonscrite à l’humain, (…). Une morale collective, civique, qui n’exclut pas le recours à d’autres sources d’inspiration, religieuse ou philosophique, à condition qu’elles n’entrent pas en contradiction avec les valeurs fondamentales de la République, par exemple l’égalité des sexes. Une morale recentrée sur le bien, ici-bas, dans ce monde, mais qui respecte les croyances dans un au-delà, les rites et coutumes des diverses confessions ou Eglises. Une morale qui ne se préoccupe pas d’enseigner le salut, mais qui n’élude pas les questions de métaphysique et de transcendance. La laïcité, c’est la Raison se défiant d’elle-même. C’est l’éthique dans ce qu’elle a d’universel. C’est peu et c’est beaucoup.

Etonnante laïcité, si méconnue, si pleine de promesses, si jeune encore, un siècle à peine… Elle a survécu à toutes les caricatures, et elles sont féroces. Elle semble échapper des mots usuels et des formules toutes faites : principes, conceptions, valeurs, règles de conduite, mode d’organisation des pouvoirs. Elle est tout cela à la fois. Mais aussi une culture, une façon d’être à soi et aux autres, un projet de vie.

Extraits de « Du principe de laïcité » de Gérard Delfau

Jean-Louis Debré recadre Nicolas Sarkozy

Le président du Conseil constitutionnel, Jean-Louis Debré, est sorti de sa réserve pour corriger les propos de Nicolas Sarkozy tenus lors de son interview sur TF1 et Europe1 à l’issue de sa garde à vue.

Cette intervention de Jean-Louis Debré était sur Europe 1 dans l’émission Mediapolis du 5 Juillet 2014. Emission que je conseille en général et cet opus en particulier. Et, si vous pouvez trouver l’article du Lab d’Europe1, j’en retranscris ici de longs passages.

« Quand des responsables politiques commencent, à droite ou à gauche, à s’en prendre aux juges, c’est un des fondements du vivre ensemble, de la République qui est atteint.
On peut contester ce qui vous est reproché, on ne conteste pas les fondements de la justice parce qu’à ce moment-là on conteste la République. » – Jean-Louis Debré

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Du chaos sur la route

Recalé ! Si je devais repasser mon permis de conduire, il y a fort à parier que je serais recaler. Enfin… si les attitudes que j’observe chez mes contemporains relèvent bien d’un « nouveau code de la route ».

Si certains préconisent de réduire les vitesses, ou couper les platanes, ou mettre des glissières de sécurité partout, interdire les boites de nuit, interdire l’alcool au volant, et j’en passe… j’avoue que je prône un retour à la responsabilité individuelle. Un peu d’ironie dans ce monde d’inconscients !

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Du repos hebdomadaire et dominical

Polémique de l’actualité, le repos hebdomadaire fait parler. Parfois à tort, et souvent de travers. Sans se prendre pour le journal d’un avocat , ouvrons le code du travail à la troisième partie, Livre 1er, Titre III, Chapitre II : Repos hebdomadaire (Légifrance).
Il est à noter que les quatre articles sont courts et clairs, je dirais même plus : si clairs que tout un chacun peut les interpréter aisément. Sans aucune formation, je prends le temps ici de m’y attarder.

Ce qui frappe à leur lecture est que les quatre articles sont rédigés pour protéger les salariés, chacun sur un volet différent. Vu leur brièveté, procédons à un passage en revue.
Je passe rapidement sur les articles L3132-2 et L3132-3-1 qui respectivement définissent une durée minimale de repos, et protège le demandeur d’emploi.
L’article L3132-1 « Il est interdit de faire travailler un même salarié plus de six jours par semaine. » est une protection définie sur la semaine qui pourrait paraitre suffisante, mais j’y reviendrai.
Le dernier à examiner est l’article L3132-3, celui-là même qui défraie les chroniques. Je cite : « Dans l’intérêt des salariés, le repos hebdomadaire est donné le dimanche. » Attardons-nous-y un peu.

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De la dépénalisation du stationnement et du journanisme

Qu’est ce journalisme racoleur !? Que la survie de la presse écrite passe par des titres chocs, je le comprends. Que l’on procède à des encarts spéciaux sur certains sujets est d’usage. Mais comment peut-on limiter le Projet de loi de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles à l’aménagement de la tarification du stationnement !?

Sur le site de l’assemblée nationale, on peut trouver le dossier 1120 de ce projet n°495. Pas besoin d’être expert pour percevoir son ampleur : quatre commissions sénatoriales ont planché sur le sujet qui est encore en discussion après 11 séances à l’Assemblée Nationale. Quel journaliste consciencieux peut imaginer que les débats se limitent aux parcmètres et contraventions !?

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Une histoire de la loi

Le 10 mai dernier, a été diffusée le vingtième et dernier épisode d’une série appelée « une histoire de la loi » présentée sur les ondes de France Culture par Renaud Denoix de Saint Marc. Membre de l’Académie des sciences morales et politiques, ancien vice-président du Conseil d’Etat et membre du Conseil Constitutionnel, il nous expose une partie de l’histoire de la loi principalement au travers de l’expérience française dans cette radiodiffusion avec la clarté et la simplicité que je lui avais connu dans ce grand petit livre sur l’Etat (PUF, Que sais-je ?) dont je m’étais par le passé délecté. Outre ces caractères propres aux pédagogues, sa diction posée et détachée permet aux ignorants de mon espèce de suivre et de s’instruire.

En bref, une bien belle série qui fut pour moi un régal et que par ce billet je recommande chaudement.
Il est possible de réécouter ces opus sur le site de Un autre jour est possible voire de s’abonner à la baladodiffusion de l’émission.

Renaud Denoix de Saint Marc

A savoir que tel que France culture le permet, je partage à la suite les 20 émissions.

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